
Germain
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Germain
« Tout n’est que désastre. Les ruines du café du frère et de la sœur Meurisse ne me sont d’aucun intérêt. En face, les ruines de la maison du juge qui était autrefois la résidence du juge de Paix de Sibret ne m’aident pas plus. J’apprends par un boucher, Armand Georges que ses caves voutées ont abrité beaucoup de réfugiés pendant la bataille. Les maisons proches ont toutes été abimées par les combats. Il vient juste de rentrer de captivité et ne peut me renseigner sur ma sœur. Suivant les conseils de Mme Sonnet, je me dirige vers Jodenville et passe devant les ruines d’une maison devant laquelle un homme remblaie un énorme trou de bombe. Peut-être pourra-t-il me renseigner ? »
Les Georges tenaient un abattoir et une boucherie. Ils avaient également quelques bœufs. Pendant la guerre, le père de famille, Armand Georges, est fait prisonnier en Allemagne. Peu à peu, Marie Marchal, son épouse, voit le danger arriver pour elle et ses enfants. Les Américains sont installés dans leur jardin et préparent leur défense. Ils ont aménagé une sorte de petite cuisine dans une tente et fournissent à la famille Georges du pain et du chocolat. Quelques jours avant de quitter Sibret, la famille voit un tank traverser tout le village en venant de Villeroux et en allant vers Jodenville et détruisant tout sur son passage : haies, arbres… Pour Marie Marchal, il est temps de penser à partir, d’autant plus que, dans une lettre, son mari lui a conseillé de s’enfuir, avec ses enfants à Libin, village d’origine du couple.
(Source: Guy Geroges)
Le mercredi 20 après le diner, Marie Marchal, épouse Armand Georges, dont le mari est prisonnier en Allemagne, voyant les préparatifs de défense des Américains (des mitrailleuses appuyées par un char posté à proximité de la maison, des soldats qui creusent leur trou de renard) se sent doublement responsable de la sécurité des enfants (Denise, Madeleine, Guy et Noëlle) : elle décide, comme en mai 1940, de rejoindre les siens à Libin.
Elle propose à la famille Burgraff (actuellement maison Fernand Bourguignon, rue du Dr Laurent) (Jules, sa femme Julia Mayon, Maria, Agnès, Joseph, Michel) de l’accompagner. Denise et Jules partent à vélo, transportant sur le porte-bagage respectivement Noëlle et Michel, les plus jeunes. Ils arrivent à Libin à la nuit tombante. Les mamans suivent à pied avec les autres enfants. Madeleine Georges et Maria Burgraff sont rentrées la veille au soir de l’école normale de Virton.
Le groupe loge à Saint-Hubert avant d’arriver à Libin. Après la bataille, Jules revient à Sibret, constate que leur maison est complètement détruite. Comme il travaille à la scierie Louis à Vaux-lez-Rosière (actuellement Vaux-sur-Sûre), c’est là qu’il s’installera sa famille.
Denise Georges et Maria Burgraff
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Nous sommes partis à pied avec Monsieur et Madame Sonnet (habitant le corps de logis du Cercle paroissial) pour Saint-Hubert et Libin. Denise était partie avec Jules Burgraff en vélo avec les plus petits et Madeleine était à l’école à Virton. Nous sommes partis vers midi en prière. Nous sommes arrivés le soir au carrefour de Bonnerue. Maman a demandé à la première maison pour passer la nuit. Les personnes nous ont fait une place dans l’écurie et nous avons dormi là.
Le lendemain nous avons directement repris la route pour Saint-Hubert et puis Libin, par les bois. Après trois kilomètres, ça sentait tellement la guerre de très loin… Que faire ? On priait sans arrêt et moi, à 7 ans, j’ai vu la vierge. Ce n’est pas elle que j’ai vue mais l’icône comme on pouvait la voir à l’église. Elle m’a dit d’avancer, de ne pas faire demi-tour, et sans hésiter une seconde nous avons repris la route tout en récitant le chapelet
Guy Georges
(Source : Guy Georges)
Lors du retour à Sibret, c’est le choc. Il n’y a plus de maison, plus de boucherie. Il ne restait que l’abattoir et l’écurie, les murs étaient fendus et le toit détruit. Il n’y avait plus rien, plus un couteau, plus un meuble, un trou vide et des pierres, c’est affreux. Affreux pour Maman surtout. Madame Cornette, près de l’église (chez Georges aujourd’hui) nous a recueillis pendant 2 mois. Ensuite, Madame Heynen (rue Dr Laurent chez P. Lonchay aujourd’hui) nous a cédé deux pièces de sa maison.
Nous étions à l’étroit mais chez nous. Nous y sommes restés 6 mois avant d’entrer dans un baraquement assez grand. Il était situé dans le champ en dessous du jardin, en face de la maison Bechoux (rue Dr Laurent). Nous y sommes restés quelques années en attendant la reconstruction de la maison. Maman a alors pu reprendre, dans le baraquement, la boucherie. Il fallait vivre à tout prix
Guy Georges
(Source : Guy Georges)
La majorité des voisins viennent s’abriter dans la cave de la maison Wuidart. Elle sera détruite le 27.
(Source: « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
A peine étions-nous arrivés dans la cave (le 21) que les obus tombent. Le bruit est infernal, les secousses ébranlent jusqu’aux fondations. Les prières se font suppliantes. Nous nous sommes rendus compte que les obus sont tombés en enfilade près du carrefour, détruisant plusieurs maisons. A un certain moment, nous sommes 35 dans la cave. Un jour, maman, sortie pour nourrir le bétail, rentre dans le couloir.
Les avions mitraillent, les obus tombent. Un soldat allemand pousse maman dans les escaliers de la cave, elle dégringole, le soldat la suit ; à cet instant, un éclat d’obus traverse le soupirail et blesse l’Allemand. Il est déposé sur un matelas à la cave, pleure en montrant la photo de sa femme et de ses enfants, agonise et meurt le matin. Ses compagnons d’armes sont venus recherche le corps. Papa avait amané son cheval chez Wuidart, attaché à côté de celui de Marcel Stoffel. Notre chien était aussi lié à l’écurie. Le 27, quand le feu a pris, Marcel a lâché les chevaux ; ils se sont dirigés dans les pâtures vers Chenogne et ont été tués. Il a oublié le chien ; en grattant, celui-ci s’est libéré.
Un jour, en revenant de Remichampagne, Papa l’a découvert dans les ruines de notre maison : il n’avait plus de coussinets, les pattes en sang à force de nous avoir cherchés dans les décombres. Papa l’a rapporté dans ses bras jusqu’à Remichampagne.
Marie-Denise Thiry
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
On était encore dans la cave après la bataille et l’incendie : plus de pain, plus de farine, mais Maman avait encore de la levure ou du levain. Maman avait fait un tour dans le campement américain installé dans une pâture à la « Grande eau » (vers Chenogne). Elle avait remarqué des sacs de farine. Prenant un récipient, elle puise dans un sac de quoi faire une cuisson, mais voilà la pâte ne voulait pas prendre … et pour cause … c’était de la poudre de lait … On n’avait jamais vu ça.
Benoît Stoffel
(Source : Benoît Stoffel)
Le 23, les demoiselles Marie et Jeanne Latour et les familles des gendarmes habitant la gendarmerie (Grand-Route) viennent hâtivement demander abri chez Renson, car les Allemands les ont expulsés pour établir chez Latour leur quartier général. Le 25, tout le monde quitte les caves de peur d’être ensevelis. Certains se dirigent vers Belleau, les Latour et les Renson vont à Chisogne. Ils rentreront le soir du 6 janvier pour constater que leurs maisons sont toutes deux incendiées.
(Source: « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Mademoiselle Wuidart était parfois un peu dérangée dans sa tête. Nous l’avons trouvée un jour pendant la bataille installée sur la route devant chez Sulbout faisant du feu avec des débris de bois trouvés çà et là.
Solange Burnotte
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
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