
Germain
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Germain
« Tout n’est que désolation. Le château est en ruines. En contrebas, je découvre les restes de la ferme du château. Une odeur nauséabonde de charognes plane sur le site. J’apprendrai plus tard que 37 bêtes à cornes ont été ensevelies sous les décombres. Je ne rencontre personne, mon angoisse augmente. Je poursuis mon enquête en prenant la route vers chez Pékus. »
Le 21, la cave du château Lonchay abrite le notaire, Edgard Lonchay, son épouse, Marguerite Mersch, une amie de celle-ci, Betsy Dury et Christiane, une fille du couple, également les gens de maison : Aymard Schmitz et sa femme Jeanne Colson. Albert, le fils Lonchay et Jacqueline, l’autre fille, sont absents. Du 21 dans l’après-midi jusqu’au 22 matin, le notaire héberge 14 personnes de la grand-route ; seuls les deux filles Doucet (Orpha et Olga) et le petit Julot Sotti (neveu par alliance d’Orpha) restent chez Lonchay où, à partir du 22 midi, il y aura 9 personnes. Les caves sont vastes et nombreuses :
Le 23, les occupants restent au château. Le 24, ils se font expulser par l’armée, vont dans la cave de la ferme Bechet et rentrent le soir au château.
(source: « La mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Lundi 25 Noël, 9h00 du matin. Les avions survolent et clac, les bombes arrivent : la 1ère dans le jardin et la 2ème en plein milieu du château. La grande sortie de la cave s’effondre. Les Allemands crient « Au feu ! ». Vite, nos valises et nous sortons par le soupirail de la cave à bois. Les avions survolent toujours ; nous filons dans les écuries de la ferme (Lonchay), couchés par terre avec le bétail.
Cette fois, l’attaque dure 5 heures et tout tremble. On entend la mitraille sur le toit et la DCA qui tonne. Enfin, vers le soir, l’alerte est finie. Ouf ! On a eu bien peur. Un coup d’œil au dehors : encore des maisons qui flambent, le château achève de se consumer. Des caves sont intacts ; un par un, nous filons nous y réfugier. Je sors avec mes valises et pour comble les avions arrivent. Enfin, je suis dehors, il faut bien se risquer. Je file sous un arbre, l’avion s’éloigne et de nouveau en route vers les caves en se disant puisque le château est brulé, nous serons en sureté dans les ruines.
Une tartine pour souper et on s’étend sur la paillasse. Cette nuit, il fait bien chaud, les pommes cuisent sur les étagères, on essaye de dormir. On ne fait que boire, car par cette chaleur, on étouffe. A 10h le soir, le plafond se crevasse et le feu descend dans la cave. Vite nos valises et de nouveau la fuite, cette fois par une autre lucarne, celle de la chaufferie. Nous arrivons à la ferme : toutes les portes sont fermées. On frappe, on crie, on entre par la fenêtre, tout est fermé à clef. Enfin un boche vient nous ouvrir et nous passons le reste de la nuit avec lui dans une cave, nuit que nous passons assises par terre, tandis que lui est dans un fauteuil.
Olga Doucet
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Les personnes hébergées dans la ferme de chez Lonchay ont échappé aux bombardements. En sortant des caves, ils ont remarqué qu’une bombe était tombée juste en face de la ferme mais qu’elle n’avait pas éclaté, par miracle. Après la guerre, des démineurs sont venus désamorcer la bombe. Les Sibretois ont alors conservé les restes de la bombe et les ont placés dans l’église, juste en dessous de la statue de la vierge comme pour se souvenir de ce miracle. Pendant des années, ces restes de bombe sont restés là. Aujourd’hui, ils sont exposés dans l’ancien cimetière du village.
Guy Georges
(Source : Guy Georges)
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