
Germain
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Germain
« La ferme est aussi en ruines et je n’y rencontre personne non plus. Quels drames se sont déroulés ici ? Je n’ose l’imaginer. Je décide de continuer vers l’église et le cimetière. Peut-être vais-je rencontrer quelqu’un ? »
Le 20 vraisemblablement, André Piron vient avec sa maman, Bertha Pékus, de Villeroux pour rejoindre la famille à Sibret. Ses sœurs Ginette et Francine accompagnent. La maman Pékus est décédée le 10 de ce mois de décembre. Bertha souhaite certainement épauler son papa, se rapprocher des siens en ces moments doublement pénibles. Se retrouvent à la cave Pékus : Jean-Hubert, l’aïeul, Joseph et son épouse, Andrée Wilmée, leurs deux jeunes enfants : Philippe, 2 ans ½ et Anne-Marie, 1an. Pendant les jours de la bataille, la cave Pékus abrite la famille Charlier, leurs voisins : Jules, Léa Guillaume sa femme, et leur fille Amy, et la famille François : Désiré et Barbe Carnol, les enfants Louis et Yvette. Mr François est directeur des accises ; lui-même et son épouse viennent de Saint-Vith et connaissent la langue allemande, ce qui sera apprécié lors des contacts avec l’armée.
Je me souviens que quand nous étions à la cave, les Allemands nous ont demandé de partir, car ils voulaient établir leur quartier général dans la maison. Avec nous, il y avait une femme d’expression allemande de la région d’Eupen. Comme elle connaissait l’allemand, elle nous a traduit. Mais il y avait parmi les civils de la cave un cas de grippe intestinale, une sorte de dysenterie. Cette femme a donc dit aux Allemands qu’ils pouvaient occuper la cave, mais à leurs risques et périls. Quand ils ont entendu cela, les Allemands ont déguerpi à toute allure.
André Piron
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Il y a donc 17 résidents dans la cave ; ajoutons comme partout quelques soldats de passage. La vie s’organise : bougies, matelas, couvertures, même un poêle, la buse au soupirail.
Maman allait deux fois par jour nourrir les poules et le cochon. Un jour, plus de cochon ! Il y avait une cuisine de campagne installée derrière la maison, près d’une meule de chez Pékus ; deux cuistots préparaient le cochon. Un obus survint. Paf ! La meule, la cuisinière, le cochon, les cuistots.
Joseph Charlier
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Un jour, une vache est tuée dans l’étable par une balle », ce que raconte André Piron qui, à ce moment, était occupé à traire, mais qui a aussitôt abandonné sa tâche. Les hommes ont attelé un cheval pour sortir la vache de l’étable afin de la dépecer ; la canonnade faisant rage ; la bête est abandonnée, un obus l’a déchiquetée, deux soldats allemands et un prisonnier américain sont tués.
Le 24 au soir, les Allemands ont fêté Noël. On les entendait jouer du piano tandis que nous transissions à la cave. Nous avions bien du mal. Par exemple, la pompe à eau était gelée et il fallait aller dans la cour, enlever la dalle du puits et puiser l’eau au seau.
Joseph Charlier
Oncle Joseph vient d’acheter une nouvelle batteuse ; pour la préserver, il décide de la sortir de la grange et de la laisser sur le pont de battière (rampe d’accès à la grange). Elle ressemblait d’en haut à un tank. Les bombes la pulvérisent et laissent deux cratères impressionnants. Après l’incendie, les occupants de la cave y restent pendant quelques jours. Il y a de quoi se nourrir : bocaux de conserves, jambon, pommes de terre ; du pain a été cuit.
André Piron
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Le 25, comme beaucoup d’autres habitations, la maison Pékus brule.
Après la libération du village, les Charlier rentrent chez eux ; la maison est debout, abimée, pillée, mais habitable.
(source: « La mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
Le 4 janvier, le doyen, accompagné de deux religieuses, va célébrer la messe chez Pékus. Pour pénétrer dans la cave, il faut passer par le soupirail. La voute est encore toute chaude des suites de l’incendie de la maison.
Sœur Florence
(Source : « La Mémoire de Sibret » – Linda Robert – 2003)
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